46. Monsieur Verdoux (1947)

indexSynopsis : Henri Verdoux, ancien employé de banque licencié après la crise économique, se reconvertit dans le meurtre de femmes riches.

On continue dans les grands réalisateurs avec le premier Chaplin de la liste (et comme pour Bergman, il y en a beaucoup). Le hasard fait bien les choses, c’est un film complètement à l’écart dans la filmographie de Chaplin : un film parlant sans Charlot. Mais aussi un premier échec, notamment aux Etats-Unis. Plusieurs raisons à cela (outre le contexte personnel de Chaplin) : ce n’est pas une comédie, ce n’est pas Charlot et ce n’est pas moral. Et pourtant…

Et pourtant, on retrouve des scènes extrêmement comiques. Une des premières scènes lors de la rencontre entre Verdoux et une femme très riche venue pour, éventuellement, acheter sa maison est à hurler de rire. De même, la scène de son mariage où il se cache d’une de ses maîtresses rappelle les grandes heures comiques de Charlot. Les situations, les accents différents que prend Chaplin, les dialogues. Et ce cynisme constant qui ne peut prêter qu’à sourire en pensant à l’horreur de la situation.

Et pourtant, Chaplin est très bon hors de son rôle habituel. L’habitude du muet et des mimiques obligatoires pour faire ressortir les émotions donne au jeu parlant de Chaplin une profondeur immense. Le regard, les gestes, toutes les émotions sont transmises et permettent de mettre en avant le décalage entre le personnage de Verdoux et ses paroles.

Et pourtant, « Lorsqu’on tue à l’unité, on est un criminel; quand on tue les gens par milliers, on est militaire et on reçoit des médailles. ». La moralité est bien là où on veut la trouver, Monsieur Verdoux n’est pas moins moral qu’un général de l’armée. Enfin, c’est une question de point de vue. Et puis, la moralité n’a pas de visage et un tueur peut se cacher sous les traits d’un homme sophistiqué.

Monsieur Verdoux est inspiré de Landru, sur lequel Orson Welles voulait faire un documentaire-fiction, d’où l’idée originale. Charlie Chaplin réussit à en faire une oeuvre proche de la perfection. Que ce soit par le jeu d’acteur, de Chaplin comme de ses partenaires féminines, qui sont dans la justesse. Que ce soit dans la réalisation, simple mais efficace, où la suggestion prend toute son importance, où rien n’est montré mais où tout est visible. Que ce soit dans le scénario où aucune scène n’est en trop, où le suspense est constant. Une scène regroupe toutes ses qualités et est emblématique de ce qui m’a passionnée dans ce film. Monsieur Verdoux va chez une de ces femmes après des mois d’absence. Il la convainc de sa sincérité et de son amour. Elle va se coucher, il la rejoint. On le voit pour la dernière fois devant un encadrement de fenêtre, la nuit tombe, la ville s’étend derrière lui. Il réapparaît au matin, la cassette d’argent de la femme entre les mains. Rien n’est montré et pourtant tout est dit.

Note : 9/10 – A découvrir absolument…

RDV pour le prochain film : Les Deux Orphelines (D.W. Griffith, 1921)

Fiche Technique

Réalisation : Charlie Chaplin

Pays d’origine : Etats-Unis

Durée : 124 minutes

Acteurs/Actrices : Charlie Chaplin, Martha Raye, Isobel Elsom

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