38. La Bataille d’Alger / La Battaglia di Algeri (1966)

18380124Synopsis : L’histoire de Ali La Pointe, combattant du FLN, lors de la guerre d’Algérie et plus particulièrement de la bataille entre les algériens et les parachutistes français pour le contrôle de la Casbah d’Alger.

Comme cela l’a déjà été dans plusieurs chroniques précédentes, le cinéma rencontre l’Histoire. Dans le cas de la Bataille d’Alger, cela fera peut-être davantage écho car nous « célébrons » actuellement les accords d’Evian, signé le 18 mars 1962 ainsi que les 50 ans de l’indépendance de l’Algérie. Cette oeuvre cinématographique, tout comme l’a été La Passagère, croise l’histoire du film, l’histoire qui entoure le film et l’Histoire.

L’histoire du film tout d’abord. On suit un personnage historique qui va passer de la petite délinquance au combat politique pour devenir un « héros ». Parallèlement, on suit également le colonel Mathieu, inspiré d’un personnage historique, dirigeant l’OAS pendant ces « évènements ». Le réalisateur, avec énormément de talent, parvient à présenter avec une objectivité relative (j’y reviendrai un peu plus tard) l’affrontement de deux hommes. Tourné dans un noir et blanc très « propre » laissant apparaître tout les contrastes, on ne peut qu’être pris, violenté, révolté par le récit. Même si le style documentaire peut porté à confusion, il faut noter qu’il n’y a aucune image d’archives, tout n’est que reconstitution. Je pense que cela rajoute de la beauté à cette oeuvre.

L’histoire qui entoure le film. Il est toujours très intéressant de noter la manière dont les pays traitent leurs propres histoires au niveau culturel. Là où les Etats-Unis, pour ce qui est du cinéma, traitent et critiquent assez rapidement les guerres du XXème siècle (que ce soit le Viet-Nam ou l’Irak par exemple), la France ferme ses yeux et ses oreilles à un traitement culturel des faits historiques. 4 ans après l’indépendance de l’Algérie, alors que le film est salué par la critique, notamment dans plusieurs festivals de 1966, la France accorde le vis d’exploitation du film en 1970. Mais les pressions et menaces de groupuscules partisans de l’Algérie française empêche la diffusion jusqu’en 2004. A part ça, la France n’a pas de problème avec cette guerre.

L’Histoire avec un grand H, qui rejoint dans ce film l’histoire avec un petit h. L’actualité est assez prospère sur ce sujet depuis quelques semaines et le sera d’autant plus cet été avec l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie,qui sera fêté, contrairement aux accords d’Evian. Le point de vue traité, ou plutôt la façon dont je l’ai ressentie, est que Alger a connu l’affrontement deux forces armées. Le film s’efforce, bien que l’objectivité ne soit pas présente à chaque scène, de ne pas être manichéen. Les scènes d’attentats menées par trois algériennes sont aussi poignantes que les explosions préparées par les paras français. Par contre, là où les deux forces ennemies assassinent, l’armée française utilise des moyens de tortures physiques et psychologiques, ce qui fait du colonel Mathieu un personnage détestable.

A mon sens, c’est un devoir de citoyen de visionner cette oeuvre. La France a longtemps fermé les yeux sur cette période de son Histoire et ce film permet un éclairage indispensable. Reste en suspens la question : pourquoi avoir interdit ce film si longtemps ? Peut-être une réponse dans cette citation de Cavalera : « La France ne regarde ni dans le rétro ni dans le miroir ».

Bonus : la musique d’Ennio Morricone.

Note : 9/10 – Indispensable.

RDV pour le prochain film : Les damnés de l’océan (Josef Von Sternberg, 1928)

Fiche Technique

Réalisation : Gillo Pontecorvo

Pays d’origine : Algérie, Italie

Durée : 121 minutes

Acteurs/Actrices : Brahim Haggiag, Jean Martin

Distinctions : Lion d’or au festival de Venis, Prix de la critique au festival de Cannes en 1966.

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