26. La passagère / Pasażerka (1963)

Andrzej Munk La passagèreSynopsis : Lors d’une croisière, Liza voit monter une femme sur le bateau. Elle raconte alors à son mari son passé de gardienne SS à Auschwitz et sa relation avec Marta, celle qu’elle pense voir, prisonnière politique du camp qu’elle protégea en faisant d’elle son assistante. Mais la réalité n’est pas tout à fait aussi simple.

Dans le cinéma, il arrive parfois que l’histoire qui entoure le film soit tout aussi importante que l’histoire même du film. La Passagère, elle, regroupe trois histoires : celle du film, celle qui entoure le film et celle avec un grand H.

L’histoire du film tout d’abord est celle de deux femmes : une prisonnière et une gardienne. L’action se passe en 1961 sur un bateau, Liza revient pour la première fois en Europe et pense reconnaître sa protégée à Auschwitz, Marta. Mais ce n’est que la version positive d’elle-même qu’elle raconte à son mari. Une version où elle aurait protégé Marta, où elle n’était pas responsable de ses actes. Au fur et à mesure du voyage, Liza cherche en permanence Marta et donc les souvenirs remontent. Et finalement, Liza n’était pas tout à fait la personne qu’elle expose à son mari. A travers la protection de Marta, c’est de la reconnaissance et du pouvoir qu’elle cherchait à ressentir. Munk va donc poser une question essentielle : celle de l’humanité face à l’horreur des camps ? Quelle est la part de bestialité chez l’homme ? Qu’est-ce qui pousse l’homme à s’entretuer ?

L’histoire qui entoure le film touche directement le montage de La Passagère. Munk décède en plein tournage du film en 1961 dans un accident de voiture. Il n’a alors filmé que les scènes du camps de concentration. En 1963, Witold Lesiewicz complète l’oeuvre. Il réalise un photomontage des scènes sur le bateau avec, en voix off, des explications sur ce qu’aurait été la scène et des questionnements sur le point de vue que voulait exprimer Munk. Etrangement, l’utilisation du photomontage renforce les scènes-souvenirs et annihile l’envie de découvrir si la femme du bateau est réellement Marta.

Le sujet même du film renvoie à l’Histoire. D’ailleurs, les arrières plans du film donne l’impression d’être dans Nuit et Brouillard de Alain Resnais, par son réalisme et l’horreur qui s’en dégage. Devant cette brutalité, on voit défiler les sentiments dominateurs de Liza envers Marta. Le questionnement (que l’on retrouve dans un film bien plus récent The Reader) n’en ressort que plus fort. Liza apparaît comme sadique et cruelle même si elle ne fera rien physiquement. La violence psychologique est là et bien réelle. Et cette violence continue, et joue même sur nous, spectateurs, glacé devant l’indifférence complète de Liza pour le contexte dans lequel elle évoluait. Elle n’exprime aucun remords, aucun regrets. Munk ne laisse aucune place au pardon pour ce qui s’est passé à Auschwitz. Et c’est ce qui fait de ce film un témoignage même s’il reste une fiction.

 

Note : 9 / 10 – Certainement le film le plus marquant que j’ai vu sur les camps de concentration.

RDV pour le prochain film : Piège de cristal (John McTiernan, 1988)


Fiche Technique

Réalisation : Andrzej Munk, complété par Witold Lesiewicz

Pays d’origine : Pologne

Durée : 62 minutes

Acteurs/Actrices : Aleksandra Slaska, Anna Ciepielewska

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