139. Contes de la lune vague après la pluie / Ugetsu monogatari (1953)

Synopsis : Genjuro, un potier de village et Tobei, un des habitants du village voulant devenir samourai, partent à la ville pour vendre la dernière production de pots.Devant le succès rencontré et des prix qui grimpent, Genjuro décide de se lancer dans une grosse production. Mais le village est attaqué.

Une vraie découverte pour moi, même si j’avais déjà vu quelques photos du film, je ne connaissais ni l’histoire ni le réalisateur, Kenji Mizoguchi. Et, je reconnais là mes limites de connaissance du cinéma asiatique classique car j’apprends donc que c’est juste un des trois plus grands réalisateurs japonais avec Ozu et Kurosawa. Voilà.

Les Contes de la lune vague après la pluie, c’est, comme chez Ozu que j’adore, avant tout de la poésie. Pas nécessairement sur le propos. Mais, chaque plan est filmé comme un tableau, la scène se déroule dans un cadre, les rares mouvements de caméras sont pour la plupart des travellings latéraux, de sorte que seul le cadre bouge. J’ai eu l’impression de regarder un livre se dérouler, sur un parchemin, où mes mouvements seraient les mouvements de cadre. Et Mizoguchi a réussi à reproduire chez moi les sentiments que je lie à la lecture : le silence, le calme, l’apaisement.

Pourtant ces contes, inspirés des contes de Ueda Akinari, que j’espère lire bientôt, n’ont rien de vraiment calme et apaisant. D’abord, il y a la guerre avec son lot de vols, de violence, qui interviennent après l’espoir, économique avant tout, le potier pense devenir riche grâce à cette guerre, mais aussi l’espoir de faire carrière en tant que samouraï, aux dépens des autres, toujours.

Il y a la vie autour de la guerre, avec la pauvreté, l’individualisme mais aussi la prostitution, les meurtres. Rien ne va vraiment bien se finir dans ses contes. Et malgré une réalisation calme, Mizoguchi expose au spectateur la violence que la guerre amène hors des fronts.

Et puis, parce que nous sommes dans des contes, il y a le surnaturel. Les fantômes. Ceux qui promettent mais ne peuvent satisfaire. Ceux qui illusionnent. Ceux qui rendent la vie plus attrayante, mais qui en cache les aspérités. Et donc, encore une fois des déceptions.

Mizoguchi termine en laissant nos deux héros devront faire face aux conséquences de leur cupidité, de leur volonté de profiter de la guerre. Malheureusement, comme toujours, ce sont les femmes qui en paient le prix. Et ça aussi, Mizoguchi le rappelle au spectateur.

Note : 9/10 – Je sais enfin qui est cette dame aux tâche noires sur le front !

RDV pour le prochain film : Kandahar (Mohsen Makhmalbaf, 2001)

Fiche technique :

Réalisation : Kenji Mizoguchi

Scénario : Yoshikata Yoda, Matsutarō Kawaguchi, Kenji Mizoguchi, d’après deux nouvelles des Contes de pluie et de lune de Ueda Akinari

Pays  : Japon

Durée : 94 minutes

Distribution : Machiko Kyō, Kinuyo Tanaka, Mitsuko Mito, Masayuki Mori, Eitaro Ozawa, Ikio Sawamura, Kikue Mori

Distinctions : Lion d’argent à la Mostra de Venise en 1953

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