124. Chantage / Blackmail (1929)

Synopsis : Alice White, fiancé d’un jeune inspecteur, Frank Weber, rencontre un artiste Mr Crewe avec lequel elle flirte. Quand il tente de la violer, elle le poignarde. Frank, chargé de l’enquête, découvre qu’elle est coupable de ce meurtre. Lorsqu’il la confronte, ils se font prendre par un inconnu qui va exercer sur eux un chantage.

Dans l’œuvre d’Alfred Hitchcock, de nombreux films sont des premières (en termes d’effet de réalisation, de production…). Chantage est une première très importante dans l’histoire du cinéma : le premier film parlant britannique. Cependant, Chantage ne se destinait pas à l’être. Tourné par Hitchcock en muet, la production lui propose ensuite de faire une version parlante. Donc, les moyens techniques d’aujourd’hui n’existant pas, de retourner des scènes en version sonore. Et plus exactement, certaines scènes.

Chantage est donc une œuvre hybride. Après la longue séquence de démarrage en muet, les premiers dialogues interviennent. Ils semblent irréels car il n’existe pas encore de post-synchronisation. Alors que le monde du cinéma est réticent au parlant, convaincu que le son tuerai le cinéma, Hitchcock comprend qu’il peut utiliser les dialogues et surtout l’ambiance sonore comme un supplément au suspense. Ainsi, la scène où une cliente du magasin des parents d’Alice répète le mot « knife » avec, en gros plan, une Alice qui se décompose totalement, met le spectateur dans un état de tension. Les scènes muettes conservées offrent à ce film un silence nécessaire et ajoutent au suspense autant que les scènes retournées parlantes.

Hitchcock met également de nouveau quelques éléments particuliers de réalisation en place. Le plan sur les escaliers vus en plongée, les passants en surimpression tels des fantômes. Quant au scénario, il est, là aussi, conforme à l’œuvre hitchcockienne. La superposition de deux histoires, le chantage, l’opoosition entre l’amour et le devoir, la blonde, les oiseaux, le jeu des lumières. Bref, si vous connaissez un peu Hitchcock, il n’y aura aucun dépaysement. Et sûrement pas dans la course poursuite finale, au British Museum, avec une chute dont Hitchcock garde encore le secret.

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J’en profite également pour ajouter deux mots sur l’actrice Anny Ondra. Sans parler de sa beauté qui brûle presque la pellicule, Anny Ondra fait preuve d’une palette de jeu assez impressionnante. J’ai déjà parlé de la scène du « knife ». Mais elle est encore plus époustouflante dans la scène du meurtre dans laquelle l’actrice parvient à bouleverser le spectateur dans une sorte de jeu de poupée de cire. Comme si elle était articulée, que son âme se vidait, de même que son regard face à l’horreur de ce qu’elle vient de faire. Le seul bémol reste son accent slave, qui ne lui permit pas de faire la piste sonore du film. C’est Joan Barry, actrice de À l’est de Shanghaï qui fera ce qui est peut-être la première post-production de l’histoire.

Note : 7/10 – Un incontournable pour comprendre l’histoire du cinéma

RDV pour le prochain film : Le Declin de l’Empire Américain (Denys Arcand, 1987)

Fiche technique

Réalisation : Alfred Hitchcock

Pays d’origine : Royaume-Uni

Durée : 84 minutes

Acteurs/Actrices : Anny Ondra, John Longden, Donald Calthrop, Cyril Ritchard

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